POURQUOI LES VOLS AVEC ESCALES SONT ILS MOINS CHER
ARTICLE DE THIERRY VIGOUREUX
Même si, ces jours-ci, le prix du baril de brut a baissé, le coût du kérosène représente généralement jusqu'à 40 % des dépenses des compagnies aériennes, qui le répercutent bien sûr sur le billet d'avion. Mais tous les transporteurs ne sont pas égaux géographiquement face à ce poste budgétaire majeur. Un vol avec escale permet donc de faire des économies conséquentes en carburant.
C'est un des secrets du prix des billets des compagnies Emirates, Etihad ou Qatar Airways pour les liaisons entre l'Europe et l'Asie. Ces dernières n'ont pas les droits de trafic pour des liaisons non stop et font donc escale. Cela leur permet de proposer à Dubaï, Abu Dhabi ou Doha de nombreuses correspondances. Turkish Airlines, avec son hub d'Istanbul, comme Finnair à Helsinki bénéficient du même atout. C'est moins flagrant pour les liaisons entre l'Europe et l'Amérique, à l'exception des vols d'Icelandair, basée à Reykjavik. Cette compagnie était historiquement celle des routards à la recherche du plus petit prix pour aller aux États-Unis.
Un avion très chargé en carburant consomme beaucoup
Le prix des billets sans escale s'explique facilement : plus un avion est lourd, plus il consomme. On comprend qu'une escale intermédiaire où l'on peut avitailler évite de transporter le carburant pour la totalité du trajet. Il faut, en effet, brûler de 300 à 400 kilos de carburant pour en transporter une tonne. Et c'est un cercle vicieux : du kérosène doit être embarqué simplement pour transporter des milliers de litres... de kérosène. En coupant le voyage en deux, on réduit considérablement la quantité totale de carburant nécessaire. Les économies atteignent plusieurs dizaines de tonnes pour un carburant au prix moyen de 1 000 euros la tonne. La diminution de la pollution est à l'avenant.
Toutes les compagnies aériennes devraient-elles alors prévoir un arrêt à la pompe pour les vols long-courriers ? La concurrence commerciale s'en mêle et arbitre. Qui de British Airways, de Lufthansa ou d'Air France osera imposer une escale à mi-parcours vers la Chine ou le Japon alors que les passagers auront accès à des vols non stop ? Seules les compagnies du Golfe, basées dans cette région, peuvent se le permettre en offrant des tarifs et une qualité de service séduisants.
Fin des longs vols transpacifiques ou polaires
Le prix du baril va tourner une nouvelle page de l'histoire de l'aviation. Ce prédateur du transport aérien, il y a exactement dix ans, avait déjà cloué au sol le trop gourmand Concorde. Désormais, ce sont deux vols commerciaux prestigieux, les plus longs au monde, qui vont s'arrêter. Grâce à des Airbus A340-500, Singapore Airlines avait ouvert en 2004 des dessertes en vol continu de l'île-État vers Los Angeles d'une part, et New York-Newark d'autre part. Le baril était à 30 dollars contre plus de 100 aujourd'hui.
La première liaison - 14 100 kilomètres -, qui a été fermée le 22 octobre dernier, durait 16 heures à l'aller, mais jusqu'à 18 heures 20 au retour face aux vents dominants. Moins sensible aux jetstreams, le vol polaire Singapour-New York - 15 350 km - demandait en moyenne 18 heures. Le dernier est prévu le 23 novembre. La cabine des cinq Airbus A340 dédiés à ces dessertes avait été spécialement aménagée et ne comptait que 100 places (contre près de 300 normalement) uniquement en classe affaires. Les sièges-lits très larges permettaient de se reposer confortablement. Les avions étaient pleins, même avec des billets à plus de 5 000 euros.
Dans les deux cas, les passagers gagnaient cinq heures de voyage. Des dessertes de remplacement sont prévues, avec escale : Singapour-Tokyo-Los Angeles et Singapour-Francfort-New York en Airbus A380. Les plus longs vols autour du globe deviendront Sydney-Dallas (15 heures 10) avec l'australienne Qantas, et Atlanta-Johannesburg (16 heures 55) avec Delta.
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