THAILANDE PROSTITUTION POURQUOI

Publié le par Tropiquirinha

Nous ne sommes que le produit de nos expériences. Cette vérité est universelle et s’applique également aux filles de bar thaïlandaises. Alors comment une petite fille élevée au milieu des champs de riz de l’Isaan devient-elle une prostituée vénale chassant sans relâche le client ?

Vous, moi et les prostituées thaïlandaises avons cela en commun que nous sommes le produit d’une juxtaposition d’expériences qui conditionnent notre vision du monde et nos prises de décision. Si l’on accepte ce principe, alors on ne peut que se pencher avec intérêt sur le processus psychologique qui pousse un grand nombre de Thaïlandaises à embrasser délibérément la profession de prostituée.

L’enfance et l’éveil émotionnel des jeunes filles thaïlandaises

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Une rue de bars à filles en Thaïlande

L’éveil émotionnel d’une fille en Thaïlande s’organise autour de différents piliers dont l’un des plus importants est la famille (on pourrait aussi citer la religion et la monarchie mais là n’est pas le sujet).

Dès le plus jeune âge, les Thaïlandaises issues de familles conservatrices sont affectivement conditionnées à placer la cellule familiale au-dessus de tout et à vouer un culte à leurs parents. Dans l’esprit des petites filles, cette pensée est profondément implantée: la famille est sacrée et elles ont une dette éternelle envers leurs parents.

Ce conditionnement psychologique est d’autant plus présent chez les ainées dont les responsabilités envers la famille sont sans limite. Elles devront prendre soin des parents, assurer la cohésion familiale, gérer les conflits et s’occuper des petits frères et petites sœurs sans rien demander ou attendre en retour. Elles n’existent qu’à travers la cellule familiale.

Dans cette conception archaïque des relations au sein de la cellule familiale, la culpabilisation des enfants est l’assurance de leur soumission au long terme et cela ne pose aucun problème moral aux parents qui eux-même ont été élevé dans cette logique de pressurisation émotionnelle. Ne pas s’occuper correctement de sa famille, faire passer son ambition personnelle avant le confort de ses parents ou encore ne pas parvenir à soutenir financièrement les siens à hauteur de ce qui est attendu est une honte absolue, source d’un profond trouble psychologique, qui est très largement cultivée chez les petites filles siamoises.

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Une petite fille thaïlandaise joue dans une rue

A cette soumission de l’individu à la cellule familiale, on peut également ajouter la triste condition de la femme en Thaïlande. Cette dernière a toujours été considérée par la société comme un être inférieur. Même les textes sacrés du bouddhisme indiquent clairement que seuls les hommes peuvent atteindre le Nirvana, les femmes étant destinées aux tâches physiques et non spirituelles. Plusieurs siècles de misogynie et d’interdiction de s’exprimer ont abouti à l’émergence d’une femme soumise, obéissante (à sa famille), sans aucune contenance et sans aucun amour-propre ni estime personnelle.

Galères affectives personnelles et problèmes financiers familiaux

La plupart des jeunes femmes qui s’orientent vers la prostitution ont des parcours affectifs similaires: après une enfance marquée par une éducation conservatrice et rigide, elles fréquentent des hommes thaïlandais, élevés en petits princes, qui les maltraitent, les trompent et les méprisent tout au long de leur adolescence. Jeunes adultes, elles n’accordent plus aucune crédibilité et peu d’estime à la gente masculine ce qui ne fait que renforcer l’importance de la structure familiale dans un environnement affectif décevant.

En parallèle, leur famille s’enlise progressivement dans la misère financière (pas de travail, parents vieillissants,etc…) et accumule généralement des dettes auprès d’amis et de personnages influents du village où elle est installée.

Le point de rupture est souvent atteint lorsque la fille tombe enceinte et que le père, un énième Thaïlandais sans perspective d’avenir, l’abandonne pour ne surtout pas avoir à assumer la paternité d’un enfant qui lui ôterait le peu d’argent qu’il a à disposition pour faire la fête, l’obligerait à se ranger et à avoir un travail sérieux.

A ce stade, tous les paramètres sont réunis pour que la fille aille se prostituer:

  • Sa famille ne parvient plus à joindre les deux bouts,
  • Un travail normal ne peut pas générer suffisamment d’argent pour faire vivre tout le monde,
  • La fille est humiliée, honteuse et est prête à tout pour se racheter aux yeux de ces parents qui ont perdu la face à cause de ses erreurs et dont elle n’est même pas capable de s’occuper.
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Des Thaïlandais se réunissent pour boire et passer du bon temps

Débute alors la réflexion qui va la conduire à se prostituer. Dans les villages tout le monde connait la copine de la cousine de un tel ou une telle qui se prostitue là où les farangs, ces êtres riches venus d’une contrée lointaine et mystérieuse appelée « Pratèt Farang », viennent passer leurs vacances en compagnie de jolies jeunes femmes thaïlandaises. Ces derniers payent des sommes folles pour faire l’amour et les filles qui sont allées travailler dans les bars qu’ils fréquentent ont souvent levé des sommes importantes et parfois même trouvé un mari qui a résolu tous leurs problèmes d’un claquement de doigt.

Après tout pourquoi ne pas faire pareil ? La fille est de toute façon dans une telle misère intérieure vis-à-vis de sa famille que la moindre tentative de rachat est bonne à prendre pour alléger le poids de la culpabilité. Bien entendu, les parents n’empêchent presque jamais leur fille de partir: eux aussi ont vu ce que la prostitution peut rapporter et ils se verraient bien, comme le voisin, dans une nouvelle maison.

C’est donc l’heure de dire au revoir aux enfants qui resteront au village et de prendre la direction de Bangkok, Phuket ou Pattaya où une copine, une cousine ou une sœur travaille déjà dans un entertainment center.

Début de la carrière de lady bar et initiation à la société de consommation

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Des lady bars posent pour l’objectif d’un touriste sexuel

La plupart des filles qui commencent à se prostituer sont terrifiées à l’idée de fréquenter des farangs. L’acte sexuel en lui-même ne leur pose généralement aucun problème (dans les milieux défavorisés l’initiation au sexe comme souvent tôt) mais, pour une Thaïlandaise, passer ses soirées à sociabiliser dans un bar fréquenté par des farangs alcoolisés qui parlent anglais, c’est un peu comme de passer ses soirées à sociabiliser dans un bar fréquenté par des Martiens cocaïnomanes qui parlent le Japonais pour un Occidentale.

Pourtant, et quoiqu’en disent les âmes chagrines, la majorité des touristes sexuels se comportent très correctement avec les prostituées thaïlandaises et, avec l’aide des lady bars plus anciennes, les nouvelles recrues trouvent généralement leur marque assez rapidement et commencent à faire de l’argent…parfois même beaucoup d’argent.

Débute alors pour beaucoup de ces filles une période d’euphorie. L’argent coule à flot, la famille est heureuse, les enfants ont tout ce dont ils ont besoin et les filles, elles, goûtent aux plaisirs d’une fête sans fin sur fond de consommation intensive (shopping avec et sans les clients, achat de téléphones portables dernier cri en série, vacances au frais du Tiraak, sponsors…).

La fin du rêve et la lutte pour la survie

Mais aussi rémunérateur soit-il, le métier de prostituée est épuisant sur le long terme et reste éphémère. A mesure que les mois et les années passent, les prostituées sont de plus en plus fatiguées, font de moins en moins d’argent, dépensent trop et commencent à envisager une solution de sortie.

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Une prostituée pose dans une chambre d’hôtel de Bangkok

Le problème, c’est qu’il n’y en a pas. Arrêter de se prostituer signifie faire replonger la famille dans la pauvreté et ne plus jouir de tout ce que le monde de la consommation a à offrir. Trouver un farang à marier est extrêmement difficile: ils sont bien informés sur les prostituées locales et viennent de toute façon pour s’amuser pas pour devenir les sponsors d’une famille désargentée de pays émergent. La vérité, c’est que le seul ressort de la relation fille de bar opportuniste – client occidental individualiste est le sexe.

La fille qui se prostitue réalise alors qu’elle est dans un cul-de-sac. Piégée dans un univers de sexe, d’argent, d’alcool et de drogue, elle n’a plus d’autre choix que celui de continuer pour maintenir son train de vie et celui de sa famille qui a pris l’habitude de recevoir chaque mois des milliers de bahts sans lever le petit doigt.

A ce stade, les filles les plus sensibles s’écrasent dans l’alcool et les drogues (avec les conséquences que chacun connait) avant un retour inévitable à la case départ, souillées par la semence de centaines de clients, l’innocence en moins. Les rares chanceuses finissent par trouver un homme pour s’occuper d’elles et même parfois de leur famille. Enfin les battantes ambitieuses se lancent dans les arnaques, avec l’espoir de plumer un imbécile pour refaire leur vie loin de l’industrie du sexe avec l’argent d’un farang naïf, cette race qu’elles ont appris, au fil des passes, à jalouser pour son argent et à mépriser pour son individualisme.

La société thaïlandaise traditionnelle, première cause de la prostitution

Le véritable poison qui coule dans les nuits thaïlandaises et broie inlassablement les vies de dizaines de milliers de jeunes femmes chaque année trouve sa source dans la société thaïlandaise traditionnelle qui fonde son système de domination sur le conditionnement psychologique des individus les plus faibles à être des esclaves soumis, dociles et malléables. Une société à la hiérarchie rigide où faire passer le groupe avant l’individu est l’alibi moral qui permet aux dominants de maintenir sous contrôle les dominés en jouant sur un affect déréglé dès l’enfance. Aujourd’hui, la carotte de la société de consommation naissante ne fait que renforcer le phénomène et la prostitution en Thaïlande a assurément de très beaux jours devant elle.

Les filles, quant à elles, continueront à souffrir en silence, enchainant les passes pour sauver l’honneur d’une famille désargentée, embourbées dans les règles strictes et liberticides d’une société archaïque qui assassine le développement personnel.

 

Publié dans SPECIAL THAILANDE

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