L ORTHOREXIE

Publié le par Tropiquirinha

ARTICLE TIRE DE PSYCHOLOGIE.COM

l n’est pas nécessaire d’avoir une bande d’amis hypocondriaques : autour de vous, combien de personnes ont adopté une tendance alimentaire privative ? Lui ne touche plus à ce qui vient du pis de la vache. Elle a renoncé au gluten et fait croire qu’elle est allergique. Eux ne veulent plus manger de sucre raffiné ou de viande rouge. Ils se sont multipliés, ceux qui sont persuadés que leur santé, présente et à venir, repose sur leur alimentation. Bien sûr, depuis une vingtaine d’années, nous en sommes tous convaincus. Mais cette conviction a entraîné un nouveau désordre du comportement alimentaire que les médecins appellent « orthorexie » (du grec orthos, « droit, correct », et orexis, « appétit »).

« L’aliment est perçu comme un médicament »

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Comprendre nos désordres alimentaires

Avec le livre de Patrick Denoux : Pourquoi cette peur au ventre ? (Lattès, 2014).

L’orthorexie n’est pas du même ordre que la boulimie ou l’anorexie. Les personnes qui souffrent de ces dernières bataillent avec la quantité d’aliments qu’elles avalent : trop ou pas assez. L’orthorexique, lui, a un problème avec la qualité de ce qu’il mange. « Se nourrir, pour lui, c’est se soigner, et tout aliment est un alicament, selon Gérard Apfeldorfer, psychiatre spécialiste du comportement alimentaire. Sa recherche de “sain” l’a conduit à écarter bon nombre d’aliments qu’autrefois il considérait comme savoureux, mais qu’il conçoit désormais comme des poisons. » Dans ses excès, l’orthorexique peut par exemple ne manger que des fruits ou des légumes cueillis moins de quinze minutes avant d’arriver dans l’assiette, de peur qu’ils perdent leurs nutriments. Ou faire douze mini-repas par jour et les accompagner de compléments alimentaires. Nous n’allons pas jeter la pierre à ceux qui respectent suffisamment leur corps pour ne pas le gaver, le négliger, l’encrasser. Toutes les études prouvent qu’une alimentation saine est un gage de vie qui l’est tout autant.

« Notre corps devient un temple »

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Votre assiette vous angoisse-t-elle ? Nous sommes de plus en plus nombreux à nous soucier de ce que nous mangeons. Et de plus en plus nombreux à vouloir manger différemment. Adeptes du régime no glu, végétariens, produits lights, alimentation bio…, les pratiques se diversifient. Mais elles ne répondent pas toutes aux mêmes exigences. Quelles exigences mettez-vous dans votre assiette ? Faites le test.

« Quoi que l’on dise concernant les difficultés et les souffrances liées au comportement orthorexique, cela ne doit pas nous enlever de l’esprit que le risque alimentaire existe véritablement », prévient le professeur Patrick Denoux. Mais le danger commence, comme pour tous les régimes, lorsque ce souci se transforme en obsession et nous isole du monde réel. Et ce, dès lors « que notre corps devient un temple, le lieu de toutes les adorations », précise Gérard Apfeldorfer. Bien sûr, la plupart d’entre nous en sont loin. Mais la tendance est là et la bascule rapide. Anne-Hélène, 37 ans, a toujours veillé à ce que ses enfants se nourrissent sainement. Cela a commencé par des préparations bio pour bébés, puis elle s’est mise à cuisiner elle-même pour être sûre de ce qu’ils mangeaient. Et c’est devenu obsédant. « Deux faits m’ont obligée à m’interroger, raconte-t-elle : une violente colère contre ma fille de 3 ans que j’avais surprise s’empiffrant de bonbons ; et l’envie d’aménager mon temps de travail pour continuer à les nourrir plutôt que de les envoyer à la cantine. Là, mon mari m’a dit que je devenais folle. Il a fallu que je lâche du lest. »

Jacques, 56 ans, lui, a basculé dans l’orthorexie après un séjour de jeûne : « Quand j’en suis sorti, j’avais une énergie incroyable et une formidable fierté d’y être arrivé ! Et surtout, je me sentais comme si j’étais intérieurement tapissé d’une moquette blanche. Brusquement, il m’est devenu impossible d’avaler quoi que ce soit qui me donne la sensation de la salir. Je ne mangeais plus rien de transformé, cela devenait l’enfer. Sans m’en rendre compte, je refusais toutes les invitations à dîner pour ne pas m’“abîmer”. Puis, on a fini par ne plus m’inviter. C’est un ami qui a sonné l’alerte en me démontrant que je n’avais plus aucun lien social et que ma satisfaction de bien manger m’isolait totalement. »

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